Il y a quelques jours, dans le cadre de ma maîtrise, j’ai eu le bonheur de faire une entrevue avec trois des membres du théâtre Mic-Mac de Roberval et de revenir chez moi avec une tonne de photocopies d’archives sur ce même théâtre et sur le Théâtre populaire d’Alma (TPA). Ce sont ce que nous appelons maintenant des théâtres de loisirs, autrement dit, des théâtres amateurs. Ils ont tous les deux vu le jour dans les années 60. Bien sûr, avec les membres du Mic-Mac, il fût question des différences entre les théâtres professionnel et amateur dans notre beau Royaume et je suis revenu à Chicoutimi, à la noirceur, la tête pleine d’idées qui, à moi-même, m’apparaissaient parfois tout à fait consternantes.Ghislain Bouchard l’a toujours dit : il n’est pas possible de faire du travail théâtral en professionnel en région. Ici, selon lui, pour pouvoir être créatifs et, surtout, entièrement libres de leurs choix, les artistes et artisans des scènes locales doivent avoir une situation professionnelle qui ne relève pas du théâtre : ils doivent être professeurs, secrétaires, ouvriers de l’Alcan, avocats, coiffeurs, et, ainsi, ne pas avoir d’attente pécuniaire à l’égard de leur pratique artistique. Ce postulat en fera frémir plusieurs, d’autant qu’au cours des trente dernières années les compagnies théâtrales qui ont vu le jour au SLSJ ont presque toutes voulu s’inscrire à l’intérieur des politiques culturelles provinciales et nationales (et maintenant municipales) exigeant la professionnalisation des troupes et compagnies.
Or, à ma connaissance, ils sont plus que rares, ceux qui, depuis 1980, peuvent affirmer vivre décemment, au SLSJ, de l’art théâtral uniquement, sans occuper d’autre(s) emploi(s) qui ont peu ou pas à voir avec le travail artistique. Je pense qu’on peut même dire qu’ils se comptent sur les dix doigts ceux et celles qui arrivent à atteindre le seuil de la pauvreté (21 133$ en 2007). Est-ce à dire qu’il n’y aurait de professionnel dans le beau monde du théâtre régional que les démarches, les spectacles et la performance des acteurs, alors que les revenus auxquels devraient s’attendent normalement les artistes et artisans de la scène ne sont scandaleusement pas au rendez-vous ? En ce sens, la professionnalisation du théâtre en région est-elle un échec cuisant ?
J’entends déjà certain dire « C’est parce qu’il n’y a pas assez d’argent en culture »… J’enrage à chaque fois que j’entends cela. Pour moi, ce n’est rien d’autre qu’un cliché désolant qui rejette entièrement la responsabilité sur les épaules de tout le monde, sauf sur celles des artistes, et qui leur permet, à mon avis, de ne pas avoir à réfléchir sur des façons de faire qui pourraient donner naissance à une plus grande autonomie financière. Qu’on me comprenne bien : je suis conscient du peu d’argent mis à la disposition des créateurs en région et je crois qu’il s’agit aussi d’un réel problème. Seulement, j’aimerais ardemment qu’on me serve autre chose comme argumentaire, une fois ce constat fait. J’aimerais qu’on se la pose, cette difficile question : comment faire pour que les artistes et les artisans du théâtre régional vivent complètement de leur travail ?
Je le disais plus tôt : ce qui est professionnel, sur nos scènes locales, ce sont les démarches, les spectacles et la performance des acteurs. Est-ce si différent du travail fait jadis, dans les années 70, dans les structures amateurs ?
Est-ce que le théâtre dit professionnel dans notre région nourrit ou mange ses enfants ?

4 commentaires:
Quel bon billet...
Très juste.
'Comment faire pour que les artistes et les artisans du théâtre régional (et autres...) vivent complètement de leur travail?'
Réponses:
1-Éduquer le public...
2-S'assurer que les compagnies théâtrales arrivent au 21e siècle...
L'anonyme
J'essaie de suivre tout ce que le Mic-Mac produit et c'est toujours un réel plaisir pour moi d'y assister. Ils sont arrivés à garder une structure solide à laquelle le milieu s’identifie.
Je le dis haut et fort, les plus beaux moments de ma carrière furent les premières années où je découvrais une passion, le THÉÂTRE. Ce qui a donné un sens à ma vie. Et aujourd’hui, je me retrouve tout aussi passionnée, mais trop souvent envahie par une tonne d’obligations. Des pièges à création. Guylaine Rivard
@L'anonyme : je suis tout à fait d'accord avec le fait d'éduquer le public. Depuis quelques années, d'ailleurs, plusieurs compagnies misent sur cet aspect en rencontrant les jeunes dans les écoles et en les exposant au théâtre. Il faut sans doute aussi réfléchir aux raisons qui font que, par exemple, le hockey est si populaire, scruter les mécanismes qui font que, dès le plus jeune âge et pour toute sa vie, quelqu'un s'intéressera passionnément à ce jeu... ce pourrait être utile.
J'aimerais bien que vous m'expliquiez davantage ce que vous voulez dire par "arriver au 21e siècle" ?
J'aimerais bien que vous m'expliquiez davantage ce que vous voulez dire par "arriver au 21e siècle" ?
Cher Mike the Mike...je n'ai pas besoin de vous l'expliquer, vous l'avez fait vous-même dans votre réponse.
L'anonyme
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