Monsieur le Maire,L’Église est multidimensionnelle : il y a celle qui est près de nous, à l’intérieur de laquelle un ministère s’exerce auprès des paroissiens qui assistent aux offices. Il y a aussi celle de Rome, celle qui se prononce, s’ajuste au temps présent et dont les lumières viennent éclairer chaque ministère.
L’Église n’a pas toujours eu raison et elle puise l’une de ses forces dans le pardon et la révision de ses positions. C’est particulièrement vrai en science. Alors qu’à une époque elle condamnait Galilée parce que ce dernier défendait la thèse de Copernic – à savoir que c’est la terre qui tourne autour du soleil et non l’inverse – aujourd’hui, l’Église n’a plus peur de s’interroger sur la vie extraterrestre en proposant une conférence sur le sujet . Elle comprend très bien que le jour est proche où les scientifiques découvriront de la vie ailleurs que sur la Terre. Dans sa sagesse, elle sait que cela bouleversera non seulement la vie des croyants, mais aussi l’ensemble du discours à l’égard de la Création divine. Pour demeurer vivante, elle refuse de maquiller la réalité pour se conforter dans son prédicat vieux de 2000 ans et fait le pari que le Dieu de son Église se révèle davantage puissant lorsque sa création s’étend aux confins de l’univers.
Cela pourra vous sembler étrange, mais la situation que je viens de dépeindre me fait beaucoup penser à celle concernant le dossier de la salle de spectacle de l’arrondissement de Chicoutimi.
Comme la foi, l’impact de l’art sur l’âme humaine est difficilement mesurable et, comme dans l’Église, il y a des dogmes artistiques, économiques et politiques qui nécessitent parfois d’être abandonnés pour faire jaillir un peu plus de lumière de nos sociétés et pour garantir son avenir. Par la somme de travail que vous avez investi jusqu’ici, je peux comprendre que vous êtes attaché au projet initial de rénovation de l’auditorium Dufour et je me permets d’imaginer que l’épisode de la signature du registre bloquant le règlement d’emprunt a pu être vécu comme une gifle orchestrée par le milieu culturel. Mais, de grâce, ne laissez pas votre raison et votre cœur être dominés par des sentiments d’amertume, voire des idées de vengeance ; ne faites pas de vous un homme d’Église condamnant Galilée parce qu’il présente des idées contraires aux vôtres. Inspirez-vous de Rome ! Osez prendre en considération tous les aspects du dossier, sans rien occulter ! Refuser l’aspect temporel de la chose, celui qui favoriserait des gens dans l’immédiat au détriment de l’avenir ! Vous nous avez démontré, à plusieurs reprises, que vous étiez attaché à l’Histoire, ne serait-ce que par votre série sur les femmes dans l’Église au Québec : il me semble que ce dossier présente des enjeux profonds quant à l’avenir de notre métropole régionale. Il me semble aussi que, pour traverser le temps, pour vous inscrire avantageusement dans l’Histoire, votre jugement dans ce dossier doit être irréprochable.
Pour moi, Monsieur le Maire, le choix me semble clair et il peut différer du vôtre. En matière de foi comme en matière d’art, nous pouvons choisir de demeurer un petit ministère qui fait un travail essentiel, certes, mais qui dépendra toujours des ordonnances du Vatican, ou nous pouvons choisir de participer davantage aux destinées de l’Église en transformant notre ministère en évêché, en choisissant aussi de produire la lumière au lieu de simplement la diffuser. L’Église a mis bien des énergies à défendre ses positions face aux attaques de la science, comme vous avez mis bien des énergies, depuis plusieurs années, à développer et à défendre le projet de rénovation de l’Auditorium Dufour. Mais, s’il vous plaît, pour le bien de tous, attachez-vous maintenant à réfléchir sur les deux projets, à les comparer honnêtement, comme on doit s’y attendre d’un homme juste, comme le ferait le roi Salomon. C’est de cette façon que la foi est nourrie, comme la culture, du reste.

5 commentaires:
J'ai beaucoup aimé ce texte! Tu es très efficace quand tu t'adresses à quelqu'un... Comme quoi le théâtre n'est jamais loin! Ta dévouée Pépine!
Merci Pépine ! Je me dis que, parfois, il peut être utile d'user d'émotions plutôt que d'arguments... J'ai donc tenter d'user 'une comparaison qui parle à notre maire.
Cher Michel…pour t’accompagner dans ta veine ecclésiastique…
Nous avons déjà eu cette conversation à maintes reprises et bien que je partage presque toujours tes réflexions sur l’art…tu sais que nous avons ce point de désaccord…ou de divergence d’opinions.
Je ne m’attarderai pas sur les raisons qui me poussent à m’opposer au projet de nouvelle salle de spectacle (Ça m’obligerait à verser mon venin sur les ‘clergérisés’ du bas de la rue Jacques-Cartier…et ça ne donne rien…c’est puéril).
Mais je t’apporterai cet argument…
À Paris et à Londres, dans des quadrilatères grand comme le Vieux Port de Chicoutimi, on y retrouve souvent de 3 à 4 salles de spectacle (souvent plus) allant de la toute petite à 50 places, jusqu’au hall de concert à 3000 places. Ces salles sont souvent plus vieilles que la somme d’âge des spectateurs qui les fréquentent et on continue d’y investir et de les mettre à jour avec la dernière technologie disponible. Et c’est là que le problème réside…
Encore une fois malheureusement, les gens au Québec ne se donnent que 2 choix…blanc ou noir, gauche ou droite, Libéral ou PQ, homme ou femme.
Il n’y a pas un être sain d’esprit qui refusera une salle multi fonctionnelle à Chicoutimi (moi le premier d’ailleurs)…ceci dit, on aurait avantage à s’en doter de plusieurs avec les infrastructures existantes…le public en bénéficierait, les artistes, toutes allégeances confondues en profiteraient, ou pourrait conserver un certain patrimoine urbain et là, là vraiment…on pourrait qualifier Chicoutimi de capitale culturelle…
Je te laisse réfléchir à tous les endroits à Chicoutimi (et de surcroît au Saguenay) avec une acoustique superbe qui pourraient être reconvertis en salles de spectacle…je te mets au défi d’arriver en bas de 10.
Mourir pour des idées d’accord, mais de mort lente… G. Brassens
« Refuser l’aspect temporel de la chose, celui qui favoriserait des gens dans l’immédiat au détriment de l’avenir ! » Je trouve extrêmement ingénieux d’inviter l’antagoniste à examiner la question sous cet angle. Je suis de ceux qui revendique la construction d’une nouvelle salle et qui croix au avantage d’un tel investissement. Mais qui espère également voir notre communauté défendre notre patrimoine culturel. À ce propos, je me permet de réagir à une partie du commentaire précédent « on pourrait qualifier Chicoutimi de capitale culturelle… » Il fut un temps où au Saguenay-Lac-Saint-Jean on aurait pu qualifier Jonquière de capitale culturelle... Malheureusement nous n’avons rien fait pour éviter l’effritement ce précieux patrimoine culturel et j’avoue en souffrire parfois profondément.
Guylaine Rivard
Je suis l'anonyme précédent...
Totalement d'accord avec toi Guylaine.
...et le patrimoine culturel n'est pas seulement de la pierre, du bois et du béton, mais c'est également toutes les voix qui ont été éteintes lorsqu'on a décidé de fermer ou détruire une salle de spectacle...petite ou grande.
L'effritement dont tu parles est en grande partie la responsabilité du milieu culturel qui est sectaire et non inclusif. Et la bataille de la salle de spectacle n'en est que la triste preuve.
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