Un petit texte que j'ai écrit après avoir terminé le dépouillement du dossier de presse des Têtes heureuses et qui m'accompagne dans mon travail de chercheur :
Il ne faut pas que le mémoire dissèque le comment ça se fait, le théâtre au SLSJ, en évaluant, calculant s’il se fait ou non dans une logique calquée sur les communications, le marketing et la rentabilité… en produisant seulement des analyses qui démontrent que telle ou telle façon de faire du théâtre est « meilleure » parce qu’elle a assuré la pérennité d’une organisation, qu’elle a été rentable sur le plan économique, qu’elle a produit une pièce à succès… Qu’elle a trouvé le bon « format », le bon « formatage » pour faire accourir le public. Ce serait trop bête…
Derrière la question comment se fait le théâtre, il y a à la fois, simultanément, celles qui touchent ses aspects organisationnels et celles qui touchent ses aspects artistiques… Il me semble que ces deux grands aspects du comment ça se fait se repoussent toujours ; qu’en cherchant à se prononcer, on se fait immanquablement le représentant de l’un ou l’autre de ces aspects et je ne me rappelle pas d’avoir entendu un individu se prononcer sur le sujet sans sacrifier, diminuer l’un au profit de l’autre… sans compter celui qui recevra ma façon d’appréhender la chose : quels aspects privilégie-t-il ?
Est-ce possible de parler de l’un et de l’autre à la fois ? Est-ce possible de parler de l’un sans être trop réducteur à l’égard de l’autre ? Je devrais même dire sans être contre l’autre. Est-ce possible de mettre en place une rencontre ?
Comment ça se fait, une rencontre ?
Curieusement, le dispositif théâtral lui-même déploie spatialement ce questionnement à propos de la rencontre : d’un côté, il y a la scène, le lieu où s’exprime les questions esthétiques, le discours des artistes, et de l’autre il y a la salle, l’espace qui se rempli (peut-être) en fonction de l’intégration de l’organisme dans le tissu social (par la vente du spectacle, par ses qualités comme produit susceptible d’intéresser une population, par sa façon de cibler ou non un public). Or, y a-t-il rencontre entre ces deux espaces ? Puisque l’un et l’autre ignore presque tout de leurs motivations respectives, peut –on en conclure qu’il y a davantage frottement que rencontre entre les deux ?
Nous voilà donc, cherchant à nous prononcer à partir d’un non-lieu qu’on appelle le quatrième mur : ni dans la salle, ni sur scène, ni avec le public, ni avec les artistes et artisans de la scène, voulant peut-être vérifier une équation déjà trop simpliste, à savoir que, plus on accorde d’importance aux aspects artistiques, moins il y a d’entrées au guichet et, à l’inverse, plus on accorde d’importance à la mise en marché et à l’inscription de l’organisme dans un circuit de consommation, moins il y a d’art sur scène ?
Qu’en pensez-vous ?
mardi 3 novembre 2009
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4 commentaires:
L'un ou l'autre? L'artistique ou l'organisationnel?
Personnellement, je crois que le second est au service du premier, mais que le premier a besoin du second. Si l'un est le but, l'autre est l'outil.
Bienvenu sur la blogosphère!
Je suis parfaitement en accord avec toi et je fais du pouce sur la métaphore. Le travail artistique est nécessairement le but d’un organisme de théâtre et l’ensemble des aspects organisationnels (des ressources humaines aux infrastructures, en passant par la gestion de l’ « entreprise ») constitue l’outillage à son service. Cela dit, on ne construit pas une maison avec pour seul outil une scie et un marteau…
Ce qui m’intéresse, au fond, c’est d’observer tous les coffres à outils des organismes de théâtre de la région, depuis le théâtre du coteau de Ghyslain Bouchard. Je souhaite vérifier si on a perdu des outils en cours de route, si ceux qu’on a sont en bon état et si on en a acquis de nouveau. J’espère aussi mesurer ce qui pourrait ou devrait être fait pour partager ces outils entre les compagnies et pour en acquérir de nouveaux collectivement, dans la mesure où, individuellement, on peut bien se payer un tournevis, mais pas nécessairement une perceuse industrielle…
Or, j’ai le sentiment, sans doute à tort, que cet aspect-là est mal aimé dans les milieux artistiques en général… d’où l’impression de me tenir à la frontière de la scène et de la salle…
Tu parles de quel aspect? Le partage d'«outils»? De ressources? De ressources financières? Si tel est le cas, il faut savoir que de plus en plus, dans ce milieu, existe une concertation qui me semble vouloir s'étendre de plus en plus... Peut-être est-ce utopique, mais j'y crois.
Je ne peux pas trop m'avancer à définir ce qui devrait être partagé ou non : d'une part, je ne suis pas suffisamment avancé dans mes recherches pour dégager ces "outils" et, d'autre part, c'est au milieu de décider de quelle nature devrait être cet éventuel partage.
Je suis très conscient qu'il y a un fort mouvement de concertation du milieu, c'est une des nombreuses preuves de sa bonne santé.
L'idée, c'est de regarder tout ce qui a été fait jusqu'ici et de réfléchir à des propositions organisationnelles pour l'avenir, à l'image du théâtre d'ici, et d'offrir au milieu une vue d'ensemble la plus objective possible pour aller de l'avant et développer avec plus de vigueur...et tu sais que j'y crois aussi!
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